L’inconnue.

Il est 23h. Je suis seul dans Paris. Plus précisément, derrière Notre Dame. Il pleut, comme annoncé. Ca ne m’empêche pas de prendre des photos, abrité, presque au sec, sous mon parapluie. Je regarde autour de moi. J’ai perdu mon groupe avec lequel j’étais. Sortie photographique nocturne dans Paris. ‘Faut dire, avoir Muse dans les oreilles, ne penser qu’aux photos et à la musique, essayer de ne pas penser à autre chose… Il m’en faut peu pour me retrouver perdu. J’appelle. Il me dit où ils sont. Nous nous retrouvons, nous discutons. Il pleut vraiment, ça craint pour le matériel. D’un commun accord, nous nous dirigeons vers un bar/café, histoire de continuer la soirée bien au sec.

Nous rentrons, mouillés, le matériel sur les épaules. Nous nous déshabillons, nous prenons place sur les banquettes, sur les chaises. Des cafés et des chocolats chaud que nous doutons hors de prix sont commandés. La discussion parle très clairement de photographie. Il ne saurait en être autrement, nous sommes là pour pour ça, de toute façon.

Je suis toujours un peu dans mon monde. Pas avec eux. A penser à différentes choses. A différentes personnes. A une seule personne en particulier. Je me demande ce que ça aurait fait si cette personne avait été là, à mes cotés. Comment ça aurait été si elle avait été d’accord pour venir avec moi, partager ma passion. Pourquoi pas lui transmettre, lui expliquer cet art, ses subtilités que je ne maitrise pas tout à fait.

Mais selon toute évidence, elle n’est pas là. Et ne le sera jamais. Je ne me fait pas à cette idée. Mais comme j’aime à dire, ainsi va la vie. Je me fais ainsi une raison, je décroche de mon petit monde, et je reviens au moment présent. Différents matériels passent entre mes mains. J’aime à me dire intérieurement que dans 2 ou 3 ans, je n’aurai rien à leurs envier, et que moi aussi, je vivrai de ma passion. Mais j’ai encore le temps.

Je reprends mon propre matériel, je prends 2 ou 3 subtiles photos des personnes qui m’entourent. J’aime capter leurs sourires, leurs petites mimiques. Je les prends en photo, ils ne le savent pas forcément, je vole un bout de leur vie et j’aime ça.

Je les vois sourire, je les vois parler, je prends part à la discussion, essayant d’oublier mon petit monde un moment. Juste histoire de ne pas être asocial. Après tout, ils sont vraiment tous sympa, on a une passion commune. J’ai déjà été un peu trop distant durant toute la soirée. Je me lance dans la discussion.

Mon petit monde me rappelle à lui. Je m’y replonge un moment. C’était comme une bulle d’oxygène. Je regarde autour de moi. A ma gauche, un grand miroir. Immense. Qui prend tout un pan de mur. Je prends une photo.

DSC_0157

Je regarde en face de moi, il y a tout le monde. A ma droite, quelqu’un. Je me re-concentre sur ce qu’il se passe devant. Et là, je la vois.

Devant moi.

Légèrement excentrée sur ma gauche.

Quelqu’un du groupe est entre nous.

Tant pis.

Je reviens dans le groupe. Je reviens dans la discussion. J’écoute ce qu’il se dit, beaucoup d’informations m’arrivent.

Mais elle est toujours dans mon champs de vision. C’est comme si je n’arrivais pas à m’en détacher. Pourtant, elle est plutôt banale, quand même. Peut être 1m70, ni trop grosse ni trop maigre, blonde. Les cheveux mi-longs, attachés. Des yeux bleus, pétillants. Un regard tout simple, très rieur, très doux. Toujours un petit sourire en coin de lèvre. Habillée très simplement : un t-shirt, un jean, des Convers.

Mais il y a quand même quelque chose qui me retient quand je la regarde.

Je me permet, de ce fait, de continuer de la fixer. Elle ne semble pas me remarquer, et c’est tant mieux. De toute façons, elle est concentrée, derrière son MacBook. Étudiante.

Un homme entre alors dans le bar. Je le vois s’approcher. Il semble être assez âgé, mais néanmoins vigoureux. Il va à sa table, ils se font la bise. J’en profite pour décrocher mon regard, et revenir dans l’ici et maintenant, avec les gens avec lesquels je suis.

Au bout d’un petit temps, l’homme se lève et s’en va. Elle retourne à ses occupations, derrière son écran. Je continue de la fixer. Je prends mon appareil photo, le règle. Je me décale un peu, pour ne plus avoir la personne qu’il y a entre nous. J’appuie à moitié sur le bouton, pour faire la mise au point. La lumière de mise au point fait ce qu’elle sait faire de mieux. Mais ce soir, elle est taquine : elle attire l’attention de la jeune femme.

Je suis en train de la viser, j’ouvre l’œil qui n’est pas dans le capteur, la regarde. Elle continue de me fixer. Me fait un sourire. Petit. Malicieux. Je lui rends. Son sourire, c’est son accord. Ce genre de sourire qui me permet d’appuyer une bonne fois pour toute sur le déclencheur. Acte qui ne saurait se faire attendre.

DSC_0155

Elle a entendue que la photo a été prise. Le miroir de l’appareil photo qui se lève et se baisse, un bruit que tout le monde entend, comprend, sait ce qu’il veut dire. Elle retourne ainsi à son occupation, me laissant là, sans imaginer qu’elle a un peu éclaircie mon petit monde.

Je repose mon appareil. Je reviens dans l’ici et maintenant, personne ne se doute de rien.

Mais je suis plus heureux qu’à l’arrivée.

Plus léger.

Le moment fatidique arrive. Tout le monde se lève. Se rhabille. Je regarde une dernière fois cette parfaite inconnue, elle ne me remarque pas. Tant mieux. Nous sortons. J’ai besoin de ma musique. Nous nous disons au revoir, nous nous promettons de nous revoir. Ce qui sera fait, je l’espère. J’enfile mes écouteurs, me dirige vers la bouche de métro. J’allume mon iPod, Muse m’explose les oreilles à coup de MicroCuts.

Je suis dans un autre monde.
Dans mon monde.
Mes pensées.

Pour n’en ressortir qu’à travers ces lignes.

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  • ... Ah non, finalement.

À propos de DaPo

Moi, Moi, Moi.
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12 réponses à L’inconnue.

  1. DJK dit :

    c’est con à dire mais j’avais imaginé comme ça.
    Différemment sur la fin mais comme ça…

  2. Bessie Li dit :

    Très poétique, joliment écrit. J’aime beaucoup ;)
    Bessie Li

  3. Maxie dit :

    T’es un artiste, mec.
    Des bisous. <3

  4. DaPo dit :

    Il me faut des groupies, maintenant.

  5. Pims0uneyteKwa dit :

    Je suis presque choquée d’te voir écrire des trucs pareils ! C’est que Dap’s peut être mignon parfois !

  6. Vengeur dit :

    ba alors dapo !!! c’est quoi ça ! même pas tu vas lui parler … honte a toi. Toujours le même on dirait.

  7. Iolire dit :

    Juste poétique. Juste beau. Juste émouvant. La plume … légère, lourde de sens comme cette goutte que rien ne peut retenir au coin de l’oeil !

  8. D@dou dit :

    Petit cachotier, je ne l’avais jamais vu celle-ci !

    Le texte est très agréable à lire et la photo plus que splendide, un coup de maître !

  9. DaPo dit :

    Merci :3

  10. Critidos dit :

    Je viens avec une demi-année de retard sur ce billet mais je ne peux m’empêcher de le commenter.

    En fait, t’as des petits airs de rebelle de la vie et tout… mais t’as quand même des SENTIMENTS à l’intérieur !

    Et la prose contenue dans ce billet: du style, du rythme, une impatience établie chez le lecteur qui accélère sa lecture pour connaitre la suite… Et d’un coup, pan ! LA photo.

    Même sans toute l’histoire qui la précède, cette photo est plus que réussie. Mais la description apporte un coté magique supplémentaire.

    DaPo, tu m’as ému !

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